Jeu, fake et match (premiers chapitres)

Coucou,

Je te laisse découvrir le premier chapitre de mon vingtième bébé livresque. Si tu veux te jeter sur ce roman, n’oublies pas que tu peux le commander en broché ou relié (accompagné de plein de surprises) directement sur ma boutique par ici.

PROLOGUE

Ben

Ils en ont des choses à raconter. Je crois même qu’ils sont fâchés. Les voix s’entrechoquent autour de moi. Elles montent, se brisent, repartent aussitôt dans une nouvelle rafale d’arguments. L’un des bonshommes à ma gauche parle trop vite, mais son acolyte en face reprend encore plus fort. Les phrases se coupent en plein milieu, les mots se chevauchent, les nerfs lâchent peu à peu. Une paume s’abat sur la table avec un claquement sec. Une chaise râpe le sol. Des feuilles glissent, se froissent, se redressent. Tout le monde parle en même temps. Cette fois, aucun doute, ils sont chafouins.

Je les entends, mais je ne les écoute pas. Je dirais surtout que là tout de suite, je me tamponne complètement de leurs gesticulations.

L’air dans la pièce est devenu lourd, presque pâteux. Une chaleur stagnante s’est installée au-dessus de la table, mêlée à l’odeur de transpiration et de café froid.

Nous sommes enfermés ici depuis longtemps, trop sans doute.

Les nœuds de cravate sont desserrés, les manches sont retroussées et les cheveux s’ébouriffent à mesure que des mains s’agitent dedans. Même les voix ont changé. Elles ont perdu leur vernis poli du début pour laisser apparaître quelque chose de plus nerveux et de quelque part plus honnête sans doute.

Je devrais probablement m’en soucier. Participer. Répondre. Après tout, je suis au cœur du sujet. J’en ai bien conscience.

Mais tout ce brouhaha me passe à des kilomètres au-dessus de la tête. Une seule chose concentre toute mon attention. Le monde peut bien s’écrouler autour, je resterai quand même scotché uniquement sur ce regard qui ne me lâche pas.

Depuis le début de cette rencontre, je me noie dans ces deux prunelles émeraude et le reste disparaît. Elle ne détourne pas les yeux non plus, pas une seconde.

Assise à quelques centimètres de moi, elle demeure parfaitement droite, les mains posées devant elle, immobiles. Tout chez elle respire le contrôle, le calme et la maîtrise absolue de chaque mouvement, de chaque respiration.

Ses yeux ne bougent pas. Ils sont plantés dans les miens avec une détermination froide qui me coupe presque le souffle. Je soutiens son regard. Savoir baisser les yeux n’a jamais été mon fort.

Depuis combien de temps nous fixons-nous comme cela ? Quelques minutes ou peut-être une heure. Je n’en sais rien. Le temps s’est dilaté quelque part entre deux battements de cœur.

Autour de nous, les voix continuent de s’agiter, les arguments de voler, les stylos de rouler sur le bois de la table.

Mais tout cela ne compte pas parce que, dans cette pièce saturée de bruit et de tension, seules deux personnes se regardent vraiment.

Elle et moi.

Bordel… Ce regard vert est exactement le même. Il est identique à celui qui me hantait déjà il y a des années.

Ces deux prunelles sont calmes, posées, lucides et infiniment plus dangereuses que tout ce qui se dit autour de cette table.

Elle n’a presque pas bougé depuis que nous sommes entrés dans cette pièce. Elle garde la même posture impeccable, sa colonne vertébrale reste droite comme une règle et ses épaules sont détendues, mais solides. Rien ne dépasse, rien ne tremble. Elle est assise là avec une tranquillité qui tranche violemment avec le bordel sonore qui nous entoure.

Sa chemise claire est simple, mais épouse parfaitement sa silhouette. Sa peau est pâle, presque lumineuse sous les néons de la pièce. Mes yeux s’attardent une seconde de trop sur ses mains posées devant elle, doigts entrelacés avec une maîtrise presque irritante.

Elle a attaché ses cheveux roux à l’arrière de sa tête, mais quelques mèches se sont échappées de cette tentative d’ordre et viennent effleurer sa tempe. La lumière accroche ces fils cuivrés et les fait briller par intermittence. Je serre les dents sans même m’en rendre compte. Je tente de me mettre deux claques mentales, mais en vain. Je la détaille et je ne peux pas m’en empêcher.

Fait suer ! Elle est sublime. Elle n’a rien de ces mannequins parfaits qui défilent sur les affiches et que tout le monde oublie aussitôt. Non. Sa beauté a quelque chose de plus dérangeant, de plus… vivant. Elle n’essaie pas de séduire, elle ne fait rien pour attirer l’attention, et pourtant, on ne voit qu’elle.

Mais je crois que ce qui me trouble le plus, c’est qu’elle le sait. Elle dégage cette assurance tranquille, presque silencieuse, des femmes qui n’ont plus besoin de se prouver qu’elles perturbent tous ceux dotés d’un pénis.

Elle n’occupe pas l’espace. C’est tout l’univers qui s’organise autour d’elle.

Je devrais arrêter de la regarder. N’importe qui avec un minimum de bon sens détournerait les yeux, se concentrerait sur la discussion, sur les types qui continuent de s’écharper à un mètre de nous comme si leur carrière dépendait de la prochaine phrase. Mais mon regard reste accroché au sien, obstinément, comme si quelque chose en moi refusait de lâcher prise.

Je prends une grande inspiration pour tenter de calmer mon rythme cardiaque qui s’emballe bien trop. Erreur !

Son parfum sucré, vanillé, envahit mes narines et se diffuse dans tout mon être. Je fronce légèrement les sourcils. Ce parfum n’a rien à faire ici. Il est bien trop envoûtant dans ce décor de nerfs à vif et de chemises froissées. Mais il est bien là. Il flotte à peine, comme un souvenir qui s’infiltre sans prévenir.

Pendant une fraction de seconde, mes neurones décrochent.

Puis LE souvenir revient dans mon esprit avec la délicatesse d’un coup de raquette en pleine tempe et c’est exactement à ce moment-là que je comprends que cette réunion risque de devenir bien plus compliquée que tout ce que ces types autour de la table peuvent imaginer.

Alors que je suis toujours à demi assommé, quelque chose change. Je repère une infime variation dans l’expression de son visage, si légère que n’importe qui d’autre dans cette pièce l’aurait manquée. Le coin de sa bouche se soulève à peine. Elle ne sourit pas franchement, mais je sais qu’elle s’amuse. Ses yeux, eux, ne quittent toujours pas les miens.

Elle incline légèrement la tête, comme si elle prenait enfin conscience du vacarme qui nous entoure depuis tout à l’heure. Puis sa voix, calme, s’élève au-dessus de la table.

  • Et vous, monsieur Ibarnegaray, qu’en pensez-vous ?

La question tombe dans la pièce avec une précision chirurgicale et les voix s’éteignent immédiatement. La vitesse à laquelle le silence s’installe est presque comique. Les protestations s’interrompent en plein vol, les stylos cessent de rouler, les mains se figent à quelques centimètres au-dessus des dossiers ouverts.

D’un seul mouvement, tous les regards se tournent vers moi comme si quelqu’un venait d’annoncer le point décisif d’un match.

Soudain, l’air devient encore plus lourd et je m’aperçois que je ne respire plus. Mon cerveau comprend exactement ce qu’elle vient de faire. Ce demi-sourire, cette question lancée avec une neutralité parfaite, ce calme implacable… tout cela n’a rien d’un hasard.

Elle vient de me ramener au centre de la table et du jeu

Mes poumons finissent par se remplir d’air dans une inspiration lente, presque douloureuse. Je sens tous les regards posés sur moi, mais le seul qui compte vraiment reste celui qui me fixe toujours, à mes côtés.

Je dois me ressaisir. Je n’ai pas le choix. La bataille commence maintenant, et si je veux avoir la moindre chance de la gagner, je vais devoir faire quelque chose que je n’ai jamais vraiment réussi avec elle : l’ignorer.

 

Chapitre 1

Angèle

Trois semaines plus tôt

  • Vous tenez un concept à breveter. Tous ceux qui souhaitent mourir avant 40 ans devraient vous contacter. Vous maîtrisez parfaitement la recette.

Malgré ma remarque plus qu’acerbe, le type ne bouge pas d’un millimètre. Capuche rabattue sur la tête, lunettes de soleil vissées sur le nez, il reste affalé dans le fauteuil en cuir en face de moi comme s’il attendait la fin d’un mauvais film.

Je marque une pause pour reprendre ma respiration et laisse mon regard dériver autour de moi. Mon bureau a toujours eu cet effet légèrement apaisant quand j’ai besoin de frapper mes clients. La pièce est vaste, baignée de lumière. Les immenses fenêtres donnent sur les toits de Paris, et l’alignement des cheminées me donne plus envie de me pelotonner sur mon canapé dans un plaid en écoutant Bert[1] chantonner que d’expliquer à ce grand gaillard qu’il doit se comporter en adulte. Le parquet ancien a été restauré avec un soin presque indécent.

Derrière moi, un mur entier est recouvert de livres juridiques impeccablement rangés : codes annotés, recueils de jurisprudence, ouvrages spécialisés. Cette bibliothèque ferait pleurer d’émotion n’importe quel étudiant en droit.

Bref, le décor est certes apaisant pour moi, mais il est surtout conçu pour impressionner.

Et lui est là, vautré au milieu de tout cela, et conserve une posture de type persuadé que le monde devrait s’adapter à son humeur.

Je reporte mon attention sur lui tout en réfrénant mon envie de lui abîmer un peu sa gueule d’ange.

  • Donc, reprenons.

Je parle vite, beaucoup… sans doute trop.

  • Résumons : vous buvez comme si votre foie bénéficiait d’une garantie à vie, vous enchaînez les soirées jusqu’à des heures où les éboueurs commencent leur tournée, vous mélangez antidouleurs, somnifères et je ne sais quel complément alimentaire acheté sur internet…

Je m’interromps une seconde. Il n’a toujours pas bougé et conserve la même posture, et surtout une expression blasée identique.

  • Vous avalez tout ça comme si votre estomac était un broyeur industriel et vous vous étonnez ensuite que les analyses sanguines deviennent… intéressantes.

Il laisse échapper un souffle agacé.

  • C’était juste…
  • Non, je l’arrête, surtout pour lui éviter de sortir des excuses pourries qui n’auront pour effet que de m’exaspérer davantage. Ce n’était pas « juste ». Dans la réalité, des traces de « juste un peu » apparaissent parfois dans les analyses sanguines. Ces dernières ayant une fâcheuse tendance à se faire examiner par des gens qui manquent cruellement de souplesse et d’

Je me penche légèrement vers lui.

  • Voyez-vous où je veux en venir ?

Il enlève enfin ses lunettes de soleil. Ses yeux sont sombres et ses cernes valident la véracité de mes propos. Mais je repère toujours cette lueur insolente qui me donne envie de le secouer.

  • Vous dramatisez, marmonne-t-il.

Je souris.

  • Moi, je ne suis pas à l’origine de votre problème. En revanche, la fédération ne dramatise pas, elle applique un règlement, et la commission disciplinaire aussi d’ Elle examine des dossiers, des résultats d’analyses et des listes de substances interdites. Ensuite, elle suspend des gens.

Je laisse planer un court silence.

  • Parfois longtemps.

Il se redresse légèrement dans son fauteuil. Ouf ! Il est vivant. Depuis le début de notre entretien, c’est bien la première fois que je capte un minimum de réaction ! Je poursuis, imperturbable.

  • Le problème, voyez-vous, c’est que le droit du sport repose sur un principe très simple. Tout ce qui se trouve dans votre organisme est de votre responsabilité. Peu importe que ce soit un complément mal étiqueté, un médicament mal conseillé ou une soirée particulièrement stupide.

Je croise les bras.

  • Et pour l’instant, votre organisme ressemble beaucoup trop à un laboratoire de chimie !

Il ouvre la bouche, mais je ne lui laisse pas l’occasion de me sortir son bla-bla inutile. Je le devance.

  • L’article L.232-9 du code du sport indique clairement la responsabilité de l’athlète concernant les substances présentes dans son corps. Et en la matière, la jurisprudence est constante. Vos clauses contractuelles sont aussi limpides.

Les mots sortent vite. Et ce n’est qu’après mon laïus qu’il comprend que je viens de dérouler toute une mécanique juridique autour de lui sans lui laisser le temps d’intervenir. Je me redresse dans mon fauteuil.

  • Maintenant, reprenons calmement.

Je glisse un dossier vers lui sur le bureau.

  • Si votre prochain contrôle confirme mes soupçons… la fédération va ouvrir une procédure. Et ensuite, la commission disciplinaire décidera si votre carrière continue… ou pas.

Je l’observe quelques secondes. Puis j’ajoute, très posément :

  • Et à ce moment-là, tout le monde se souviendra que vous êtes l’attaquant vedette d’un club de Ligue 1 qui a cru que son organisme était un terrain d’expérimentation pharmaceutique.

J’ai à peine fini ma phrase que la porte s’ouvre sans que quiconque ait frappé. Je n’ai même pas besoin de tourner la tête pour savoir qui est celle qui a l’outrecuidance de m’incommoder alors que je suis en rendez-vous.

  • Désolée de vous déranger…

Sa voix est douce et parfaitement maîtrisée. Je lève les yeux. Comme toujours, Perrine, mon assistante, est impeccable : tailleur crème ajusté à la perfection, cheveux lissés au millimètre, maquillage discret, mais étudié. Aux dernières nouvelles, je suis totalement hétéro. Pourtant, je ressens une folle envie de jeter la Perrinette dans un lit, juste pour la voir une fois la tignasse en bataille. Perrine est toujours beaucoup trop parfaite. C’est fatigant. Ses yeux passent de moi à mon client, puis reviennent vers moi avec une prudence presque polie.

  • Maître Darrieux, le rendez-vous de 15 h est arrivé et…

Je me contente de la fusiller du regard et elle s’interrompt aussitôt. C’est bien ! Au moins, quelqu’un ici pige les signaux simples.

  • Je… Je repasserai, bredouille-t-elle finalement, avant de refermer la porte avec la délicatesse d’une infirmière quittant la chambre d’hôpital d’un homme mourant.

Le type en face de moi observe la scène avec un intérêt nouveau.

  • Charmante collègue.

Je vais l’étrangler !

  • Elle est surtout vivante parce qu’elle a compris qu’elle ne devait pas m’interrompre quand je suis en train d’éviter à quelqu’un de détruire sa carrière.

Il soupire, comme si toute cette conversation l’ennuyait profondément.

  • Et maintenant ?

Je laisse échapper un petit rire.

  • Maintenant, vous allez faire quelque chose d’

Il fronce les sourcils et j’enchaîne.

  • Réfléchir !

Je m’appuie contre mon dossier.

  • Vous allez arrêter les soirées stupides et les compléments alimentaires achetés sur internet. Je vous remercie de cesser également de vous fourrer dans le nez tout ce qui traîne sur une table basse. Votre corps doit être un temple !

Il ouvre la bouche. Je lève une main.

  • Épargnez-moi le discours sur la malchance, le produit contaminé ou l’ami qui vous a assuré que c’était naturel. J’ai entendu toutes les variantes possibles et, franchement, je me tape de vos explications. Je suis votre avocate, pas votre mère.

Je marque une pause.

  • Votre objectif est simple.

Je plante mon regard dans le sien.

  • Arriver au prochain contrôle aussi vierge qu’un gamin de 6 ans.
  • Vous êtes toujours aussi directe avec vos clients ?

Je souris.

  • Oui, quand ils me payent grassement pour que je défende leurs intérêts, et surtout avec ceux qui ont encore une chance de s’en sortir.

Cinq minutes plus tard, la porte de l’ascenseur se referme enfin sur lui. Je reste une seconde immobile dans le hall, le temps de savourer ce moment rare où un client quitte les lieux sans tenter de négocier une dernière absurdité. Puis je pivote, repasse devant la réception et lance un clin d’œil à la nana la plus chou, du moins en apparence, de tout le cabinet.

  • Il est parti ? demande Béatrice.
  • Pour l’instant, oui. Et si tout se passe bien, il ne se fera pas suspendre avant au moins trois semaines.

Elle esquisse un sourire amusé. Je l’aime bien, Béa. Elle rayonne autant que son lieu de travail. La réception est toujours aussi élégante : bois sombre, lignes épurées, fauteuils parfaitement alignés et magazines économiques soigneusement disposés sur une table basse. L’endroit est méthodiquement étudié pour dire très poliment aux visiteurs qu’ils viennent d’entrer dans un cabinet dont, si tu n’as pas un salaire à six chiffres, tu devrais repartir.

Je traverse le hall et rejoins le couloir principal. L’immeuble est un haussmannien pur jus : plafonds hauts, moulures impeccables, portes massives. Le parquet ancien craque légèrement sous mes pas.

  • Alors ? lance Vincent, mon collègue du financier, en levant la tête de son écran quand je passe devant son bureau.

Je ralentis.

  • Toujours vivant.
  • Le client ou toi ?
  • Pour l’instant, les deux.

Quelques rires étouffés s’élèvent autour de nous.

  • Mais au vu de son hygiène de vie, je ne garantis rien pour la suite de son existence.

Vincent secoue la tête.

  • Les sportifs…
  • Les sportifs très riches, je corrige. Nuance importante.

Je continue mon chemin. Le cabinet habite tout l’étage. Derrière les parois vitrées, les bureaux s’enchaînent, chacun avec sa bibliothèque juridique soigneusement alignée. Ici, j’ai un peu l’impression d’évoluer dans la savane. Chaque spécialité dispose de son territoire et les espèces se mélangent très peu entre elles sous peine de se faire dévorer. Au début du couloir, le droit des affaires occupe cinquante pour cent du lieu. C’est un peu Le Monde de Narnia pour moi : un pays étrange et mystérieux où les résidents parlent fusions et acquisitions avec enthousiasme. Je crois que rien ne les fait plus jouir qu’un tableur Excel rempli de formules mathématiques imbitables pour le commun des mortels. Après eux, les habitants des deux bureaux du pénal paraissent presque « normaux ». Pourtant, ils affichent une dégaine aussi flippante que les malfrats qu’ils défendent.

La propriété intellectuelle occupe l’aile la plus calme. Logique ! Marques, brevets et procès lancés par des artistes maudits ne nécessitent pas trop d’espace. L’ego surdimensionné de leurs clients se suffit à lui-même[2].

Puis, au plus loin de l’accueil, c’est nous : le droit du sport. Nos confrères se moquent certes souvent de nous parce que les petits états d’âme des sportifs sont ridicules, mais nous rapportons gros. Les contrats négociés et les procès engagés ramènent des millions à nos clients fortunés et donc au cabinet.

Je bifurque rapidement à droite et traverse le bureau de Perrine en prenant soin de ne pas m’attarder ni sur elle ni sur le type à la carrure démesurée qui poireaute sur les chaises près d’elle. Je me contente d’un vague signe de tête et file jusqu’à mon bureau.

Priorité : poser mes fesses. Je pousse la porte, la referme derrière moi, et m’affale dans mon fauteuil. Je savoure cette seconde de silence. C’est le genre de moment précieux où personne ne parle, où aucun sportif ne pleurniche et où aucun agent ne m’explique que son poulain mérite vingt millions de plus parce que sa coupe de cheveux est « iconique ».

Est-ce le calme avant la tempête ? Bien sûr que oui… comme toujours !

[1] Non, mais là, c’est un scandale ! À quel moment tu ne connais pas le type charmant même couvert de suie ? Bon. Minute culture : Bert est le gentil ramoneur qui passe plus de temps à chanter qu’à faire son job et qui surtout amène des enfants dans un monde imaginaire. Mais le gars craint quand même les éventuels soucis juridiques et amène donc avec lui leur nounou. Je vous l’accorde, elle aussi est étrange et réalise des choses bizarres avec son parapluie. Bref. Je vous parle bien sûr du génial film Mary Poppins (le premier, hein ! parce que bon il faut être clair, ils n’ont pas fait mieux depuis !).

[2] Oui, tous les artistes ont des soucis d’ego et cherchent sans cesse l’approbation de leurs congénères. Oui, je suis clairement en train de me jeter un petit taquet aussi. Bien sûr que tous les auteurs sont névrosés !

 

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Bisous Poutous

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