S’il suffisait d’un murmure (Premier chapitre)

Coucou,

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PROLOGUE

ÈVE

Avril 2021

Mon cœur meurtri bat au rythme du clapotis des vagues qui caressent la coque du bateau. Puis-je respirer encore malgré la cadence erratique de mon palpitant ? J’ai atteint un tel niveau de fatigue que je peine à tenir debout contre le garde-corps. Les embruns qui touchent mon visage rougi par la fraîcheur me rappellent que je suis toujours vivante. Je jette mon mégot à la mer. Aujourd’hui, les considérations écologiques se situent tout en bas de ma liste de priorités.

L’annonce dans les haut-parleurs nous intime de rejoindre nos cabines. Ils sont marrants. J’aurais rêvé de tenter de réparer ma carcasse abîmée dans le confort d’un espace intime. Mais c’est un luxe que je ne peux pas me permettre. J’ai dépensé jusqu’au dernier centime qui traînait dans mes poches pour me payer ce billet. Je dois donc m’entasser avec le bas peuple sur de simples sièges en plastique. Depuis plus de cinq heures, je gesticule en essayant de trouver une position qui ne me fera pas trop souffrir.

Je n’ai pas osé effectuer un inventaire détaillé de mon état. Je concentre toute mon énergie sur mon objectif. Je dois rejoindre cette île suffisamment éloignée pour que je puisse y panser mes plaies tranquillement.

Désormais, je prends pleinement conscience de la signification de l’expression « vivre la peur au ventre ». La frayeur n’est pas qu’une sensation. Elle se ressent au plus profond des entrailles. La douleur qui broie mes organes depuis plusieurs jours me permet de me souvenir que je ne dois pas baisser la garde. Pourtant, mes paupières sont de plus en plus lourdes. Je ne sais pas combien de temps mon corps réussira encore à subir ce traitement sans flancher.

 

Les bruits provenant de mon estomac me rappellent que je n’ai rien avalé de solide depuis plus de deux jours. Affalée sur mon fauteuil, la tête camouflée dans la capuche de mon sweat, j’observe les passagers qui m’entourent. Même si le petit qui se promène à ma droite se pavane avec une boîte de biscuits bien tentante, je ne peux décemment pas enlever la nourriture de la bouche d’un enfant. Je suis désespérée, mais pas au point de risquer les foudres d’une mère qui ne manquerait pas de trouver mon geste quelque peu cavalier. De l’autre côté de la salle, je repère un groupe de jeunes assoupis. À en juger par leurs sacs à dos fatigués et leurs tenues décontractées, ils doivent être habitués à ce genre de voyage. Je me lève et me déplace sur un siège plus proche d’eux pour observer le bordel qui y règne. Je n’ai pas besoin de beaucoup de temps pour apercevoir un paquet de chips entamé posé négligemment sur le sol à quelques centimètres du visage d’un grand blond. Désarçonnée par le filet de bave qui s’écoule de sa bouche grande ouverte et qui atterrit sur l’amas de vêtements faisant office d’oreiller, je peine à lui donner un âge. Ses joues rebondies m’indiquent qu’il doit être un peu plus jeune que moi. Si je n’étais pas à ce point affamée, je pourrais presque m’extasier sur sa beauté. Mais à cet instant, je me fiche de son visage d’ange. Je me concentre surtout sur sa respiration pour m’assurer qu’il ne risque pas de repérer ma main s’approchant le plus doucement possible du précieux paquet. Mes doigts saisissent enfin le bruyant papier. Je jubile autant qu’un enfant ayant chopé sa peluche favorite aux machines à pinces de la fête foraine. Je me tourne et me dirige rapidement vers les toilettes. Je dois m’isoler pour savourer mon larcin en toute quiétude.

Alors que je touche au but, je sens une main agripper mon bras. Je tente de me détacher de cette emprise soudaine qui m’éloigne bien trop du Graal craquant et salé que mes papilles espèrent déjà tant que je salive autant qu’un escargot sur une batavia. Malgré la détermination de mon estomac, je reste bloquée. Je me tourne rapidement, prête à engloutir le malotru qui ose me retarder. Je dois élever sérieusement le regard pour croiser celui du géant qui m’agrippe toujours. Ses grandes prunelles bleu azur pourraient presque m’attendrir si je n’étais pas à ce point affamée. Le large sourire qu’il affiche laisse apparaître une rangée de dents tellement blanches que je regrette d’être trop fauchée pour avoir investi dans une bonne paire de lunettes de soleil. Ce n’est que lorsque je repère le mouvement parfait de sa mèche blonde que je comprends pourquoi ce bonhomme me retient. Ma respiration se coupe et je manque de m’évanouir. Je suis donc officiellement la pire voleuse de l’univers. Pour mon premier chapardage, je ne réussis même pas à effectuer plus de dix pas sans me faire prendre la main dans le sac. La honte m’étreint tellement que je sens ma peau blanchâtre devenir cramoisie. Prête à me confondre en excuses, je relève la tête et plonge mon regard dans celui de mon assaillant. Je m’apprête à parler, mais aucun son ne sort. Pourquoi ce molosse ne semble-t-il pas énervé ? Ce n’est aucunement de la colère que je lis dans ses yeux. Est-ce que je rêve ou le mec est-il en train de se moquer de moi ?

  • La prochaine fois que tu te transformeras en Arsène Lupin culinaire, essaie de choisir un truc moins bruyant qu’un paquet de chips, ma belle !

Donc, j’avais bien analysé le sourire narquois du blondinet. Il se paie clairement ma tête. Mais même si son air suffisant m’insupporte, je dois lui reconnaître un certain panache. Me comparer avec le voleur-gentleman pourrait presque me toucher si je n’étais pas tant affamée. Il n’en reste pas moins que je dois me tirer de ce mauvais pas le plus rapidement possible pour conserver un minimum de dignité.

  • Je suis navrée. C’est une erreur. J’ai cru que ce paquet m’appartenait.

Voilà ! Le mensonge représente ma seule porte de sortie acceptable. Je lui tends le sachet et tente une nouvelle fois de me libérer. À mon grand étonnement, il lâche prise, mais garde le même regard amusé.

Bref ! Mes préoccupations sont déjà suffisamment nombreuses pour que je ne m’attarde pas sur un fils à papa. Je ne compte pas le laisser m’utiliser comme distraction plus longtemps. Je tourne les talons et en quelques enjambées, je regagne le pont extérieur. Tant pis pour le froid et les embruns. Au moins, ici, j’esquive le petit bourgeois pédant. Je doute qu’il risque de se décoiffer, simplement pour obtenir davantage d’explications.

Mon cœur reprend peu à peu un rythme acceptable. Pour éviter de subir les effets du tangage, je marche en direction de la proue. Après quelques secondes, ma respiration se coupe à nouveau. À l’horizon, la terre promise apparaît enfin. Je donnerais cher pour me téléporter immédiatement dans l’une des minuscules habitations immaculées accrochées contre la falaise. L’angoisse qui m’étreint depuis plusieurs jours s’apaise à mesure que le bateau se rapproche de l’île.

Mon soulagement est tel que je ne ressens plus la faim ni la douleur. Pour la première fois depuis des années, je peux oser espérer goûter à la saveur de la liberté. Les guides touristiques avaient raison. Cette île est sans conteste le petit bijou de la mer Égée. Mais finalement, je crois que je l’aurais trouvée sublime même si c’était un simple bac à sable qui s’étendait devant moi.

Je n’ai pas choisi ce lieu d’exil pour sa beauté. Je prie juste pour que ce minuscule morceau de terre soit suffisamment éloigné de tout…

Allez ! Oublie tes doutes, ma grande ! Tu vas commencer le reste de ta vie et tu dois tout faire pour ne pas foirer cette fois.

À nous deux, jolie Ios !

 

Alors, est ce qu’il te plait ce petit murmure ?

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