La Fierté du lama (premier chapitre)

Coucou,

Je te laisse découvrir le premier chapitre de mon quinzième bébé livresque. Si tu veux te jeter sur ce roman, n’oublies pas que tu peux le commander en broché ou relié (accompagné de plein de surprises) directement sur ma boutique par ici.

PROLOGUE

GABRIEL

Avril 2024

Je ne serais pas étonné d’apprendre que les mecs rangent leurs fantasmes par catégories en se contentant d’ouvrir Excel. Je vois déjà le tableau à double entrée indiquant : « envisageable », « cela se tente » ou « aucune chance de trouver une nana qui acceptera ». Non, en effet, Klaus, tu peux oublier l’idée de copuler dans un jacuzzi rempli de choucroute !

Je n’ai jamais compris cette obsession allemande pour l’ordre. Même dans une galerie, tout est méticuleusement parfait : les murs sont d’un blanc clinique, chaque peinture est suspendue avec une précision millimétrique, et les visiteurs évoluent le plus discrètement possible, comme s’ils craignaient de réveiller un bébé qui dort enfin après une nuit atroce.

La salle est baignée d’une lumière tamisée, calculée pour flatter les toiles sans jamais en trahir une imperfection. Pourtant, tout me paraît froid, artificiel. L’art, ici, comme d’habitude finalement, n’est qu’une performance. En même temps, j’ai l’habitude de supporter ce spectacle destiné à impressionner ceux qui ont assez d’argent pour prétendre le comprendre.

La galerie est bondée. Les murmures s’élèvent, doux, mais omniprésents, comme le bourdonnement d’un essaim d’abeilles ayant repéré les restes d’alcool d’un enterrement de vie de garçon.

Les visiteurs circulent entre les œuvres avec une lenteur étudiée et s’arrêtent juste assez longtemps pour paraître absorbés, mais jamais suffisamment pour être touchés. C’est la règle ici. Tout est savamment orchestré : les sourires feutrés, les gestes retenus, les éclats de rire étouffés. L’art doit fasciner le monde, mais jamais trop.

Je déambule dans cet espace comme un fantôme. Je suis habitué à ce genre d’endroit. Pourtant, cette fois encore, je m’ennuie. Je sens que ce n’est pas aujourd’hui que je découvrirai la perle rare qui contentera mes clients.

Les toiles sont techniques, impeccables même, mais elles manquent de vie. Les explosions de couleurs ne m’arrachent qu’un haussement de sourcil. Je ne repère que des compositions si parfaites qu’elles semblent faites pour disparaître dans des appartements luxueux, là où elles finiront par devenir invisibles.

Je m’arrête devant un paysage abstrait, vert et ocre. Je ne peux qu’admettre qu’il est intrigant. Mais il reste creux et insignifiant. Je secoue la tête et m’éloigne, mon verre de vin encore intact dans la main.

Et puis, un tableau légèrement à l’écart attire mon regard. Il semble vouloir se cacher, mais il n’y arrive pas. L’air change autour de moi, plus lourd, presque oppressant, comme si la toile avait pris possession de l’espace. Je me sens happé par cette présence et cette force, exigeant que je m’y arrête. Je m’approche, lentement. J’ai la curieuse sensation de m’être transformé en un aimant géant attiré par une montagne de ferrailles.

Le tableau est grand, imposant, presque intimidant.

Un frisson glacé parcourt ma colonne vertébrale, mais mes paumes commencent à transpirer. Une chaleur étrange monte en moi, inconfortable, comme si je portais un poids invisible. Mon souffle devient court, et une tension s’installe dans ma poitrine.

Mon rythme cardiaque s’accélère. Je ne peux pas le croire. Non. Ce n’est pas possible. J’ai tellement espéré voir à nouveau l’une de ses œuvres que je me mets à les imaginer. Je suis affligeant !

Une femme nue est assise au centre, son corps replié sur lui-même, ses bras entourant ses genoux comme pour se protéger du monde extérieur. Sa posture est vulnérable, mais c’est surtout son regard qui me transperce.

Elle fixe quelque chose, ou quelqu’un, hors du cadre.

Gab, tu sais que c’est bien quelqu’un qu’elle toise !

Je ne peux plus bouger. Son expression n’a rien de tendre ou de réconfortant. Ses yeux s’apparentent plus à un ouragan prêt à tout emporter sur son passage. Je me perds dans l’abîme de ses prunelles. Le mélange déchirant de défi, de douleur et d’une résignation que je ne veux pas comprendre me happe.

Chaque détail de son visage semble crié, peint avec une intensité presque insoutenable : les cernes qui creusent sa peau, les lignes délicates qui marquent les coins de sa bouche, comme si elle avait un fardeau qu’aucun être humain ne devrait supporter.

Mon cœur rate un battement. J’aimerais détourner les yeux, fuir cette confrontation imposée, mais je me sens pris au piège.

Les couleurs me submergent. Le rouge qui entoure cette femme est omniprésent, brûlant. Il envahit la toile comme une plaie ouverte. La lumière, crue et implacable, révèle chaque subtilité : le grain de son épiderme, la courbe de son dos, le pli de ses épaules abaissées par le poids invisible qu’elle porte.

Je sens une chaleur désagréable monter à mes tempes, mon souffle devient plus erratique, comme si l’air autour de moi s’était raréfié. Dans ma main, mon verre tremble légèrement et je me force à relâcher ma prise avant qu’il ne se brise.

Je peine à respirer.

Ce n’est pas qu’un tableau. C’est une déchirure qui ravive une telle blessure que je suffoque. Chaque coup de pinceau porte une émotion brute, une violence contrôlée. Cette peinture ne se regarde pas. Elle se ressent, elle s’impose, elle vous écorche.

Et elle m’anéantit même. Les souvenirs affluent, imprécis et désordonnés.

Je peux à nouveau entendre cette voix délicate, trop douce pour cacher le bordel qui règne à l’intérieur de sa propriétaire. Je revis chaque éclat de rire, lumineux, mais fugace.

Je ferme les yeux, espérant que cette sensation désagréable s’évapore. Mais non. Cette toile me connaît. Elle raconte une histoire que j’ai voulu oublier.

Et je la connais.

Je cherche des indices ou un détail pour me ramener au présent. J’enclenche le mode pilote automatique en me rattachant à la seule chose que je maîtrise parfaitement : mon expertise. J’analyse les traits, les textures, les ombres. Mais plus je l’examine, plus une évidence s’impose. Ce style, cette intensité, cette manière unique de capturer l’émotion… C’est elle.

Je n’ai pas besoin de tenter de déchiffrer la signature. Mon estomac se serre et une douleur sourde s’installe dans ma poitrine. C’est elle.

Non ! Je ne peux pas revivre cela, pas après plus de quinze ans. Elle m’a détruit.

Pourtant, chaque couleur hurle son nom et chaque ombre murmure son absence. Le sang tambourine dans mes oreilles, et la cacophonie qui fait rage dans ma tête ne cesse de croître.

Je veux partir, briser ce verre que je tiens encore comme une ancre dérisoire, mais mes jambes refusent de bouger. Ce tableau ne me laisse aucune échappatoire. Après toutes ces années, elle est de retour. J’ai bien conscience qu’elle n’est certainement pas dans cette salle. Mais je la vois dans chaque trait de cette toile et dans chaque nuance qui m’écorche l’âme.

Et je sais, au fond de moi, que cette fois, que cette minute va changer le cours de mon existence.

 

Partie 1

Dix-huit ans plus tôt

 

CHAPITRE 1

LINA

Dix-huit ans plus tôt – Septembre 2006

 

Je marche aussi rapidement qu’une gamine s’approchant de son père après avoir explosé le vase ancien de tata Suzanne qui trônait fièrement sur le buffet depuis vingt ans. Le regard concentré sur mes chaussures, je sens la présence de plusieurs groupes allant dans la même direction que moi.

Après quelques minutes de trajet axé sur mes pas, je suis forcée de lever les yeux vers les immenses bâtiments qui se dressent devant moi, aussi imposants que flippants. Dans la cour, des grappes d’élèves se forment déjà çà et là, des rires fusent, des sacs à dos Adidas se balancent nonchalamment sur des épaules.

Mon cœur bat beaucoup trop vite.

Je resserre la sangle de mon vieux cartable, mon unique compagnon fidèle, et j’inspire profondément. Ce n’est pas la première fois que je change d’établissement, mais cette rentrée est différente. Celle-ci n’a rien d’un choix. Pourtant, j’espère qu’ici je pourrai enfin respirer.

J’ai à peine le temps d’observer les lieux que la sonnerie retentit. Je suis machinalement la foule se dirigeant vers le hall. À l’intérieur, les bruits des Converse crissant sur le carrelage se mêlent au brouhaha des lycéens ravis de se retrouver après deux mois de tête-à-tête avec leurs parents.

Les affiches de rentrée, écrites au marqueur fluo, sont accrochées de travers sur des panneaux en liège. J’apprécie ce bordel organisé. Je ne suis pas adaptée à la rigueur qui règne dans certains établissements.

Je baisse les yeux, me faufilant entre les groupes. Le stress me fait avancer plus vite que nécessaire.

 Lili, concentre-toi ! Tu ne dois surtout pas croiser le moindre regard !

À ma gauche, une horde de filles, toutes en jean, taille basse, et débardeur coloré, discutent en riant. L’une d’elles porte un serre-tête en plastique noir, et je ne peux m’empêcher de penser à ces pubs de magazines que je feuillette sans jamais les acheter. Elles sont impeccables, avec leurs cheveux lissés et leurs sacs Longchamp tous identiques.

Je jette un œil à ma tenue. Mon jean est simple, usé par le temps, et mon sweat-shirt informe cache tout ce que je n’ai pas envie de montrer. Parfait. Je n’ai plus qu’à espérer que j’arriverai à me fondre suffisamment dans la masse pour que personne ne remarque la vieillerie de mes frusques.

Après quelques contorsions, je parviens finalement à accéder aux listes. Merde ! Je n’avais pas envisagé que ce lycée aurait autant de classes. Mon doigt glisse lentement sur le papier et je repère enfin mon nom : Première L[1]2, Salle 156, Bâtiment A. Je m’éloigne de la foule en tentant d’ignorer les murmures et les éclats de rire autour de moi. Mes congénères semblent tous déjà appartenir à quelque chose : un groupe, une routine, un univers dans lequel je ne suis qu’une intruse.

Lili, tu peux le faire. C’est juste une classe. Une journée après l’autre. Respire !

 J’inspire profondément et me dirige vers le bâtiment indiqué. Chaque pas résonne comme une marche vers l’inconnu, et pourtant je garde la tête baissée, fixant obstinément mes vieilles baskets.

Je décide de monter au premier étage en priant pour que le mec qui a créé ce bâtiment ait eu la décence de répartir les classes logiquement. Dans l’escalier, je capte quelques bribes de conversations autour de moi :

  • Regarde, j’ai changé de portable.
  • Oh la vache ! Tu as carrément le dernier Ericsson ! Tu ne t’emmerdes pas, mon cochon. C’est bien celui qui a la caméra intégrée ?

Un soupir m’échappe. Je me sens tellement hors du temps dans cette jungle technologique où tout est devenu une compétition que je ne pourrai jamais gagner, ni comprendre d’ailleurs !

Quand je trouve enfin la salle, la porte est entrouverte. Ouf ! Une vague de soulagement m’envahit : je n’aurai pas besoin d’attirer l’attention en la poussant ni de subir ce moment où tous les regards se braquent sur la nouvelle.

Les élèves entrent au compte-gouttes. Certains sont déjà installés et d’autres poursuivent leur discussion dans le couloir, attendant visiblement la dernière minute pour pénétrer dans l’arène. J’hésite une seconde avant de me glisser à l’intérieur, la tête baissée, espérant me fondre dans le décor.

La salle est agitée, mais personne ne me remarque. Les conversations et les rires couvrent le bruit de mes pas sur le sol carrelé. Je repère une place libre au fond, près de la fenêtre, et je me dirige vers elle sans me presser.

Je pose mon sac sur la table et m’assieds. Le soleil filtre à travers la vitre, réchauffant mon visage. Pendant un bref instant, je me détends, appréciant cette invisibilité qui me permet de respirer.

Peut-être que cela ne sera pas si terrible. Peut-être que cette fois, ça ira.

 Mais le calme est de courte durée.

Un groupe de garçons entre dans la classe en riant, leurs voix fortes brisant l’agitation modérée. Instinctivement, je baisse les yeux, espérant qu’ils ne remarqueront pas « la petite nouvelle ».

  • Sérieux, mec, tu aurais vu sa tête quand tu lui as dit ça ! J’ai failli me pisser dessus.
  • Ce type est un con !

Le ton est léger, mais sûr de lui. Je les devine sans les regarder : populaires, à l’aise, et probablement aussi terribles que je l’imagine.

L’un d’eux s’installe juste devant moi. Quand il pose son sac négligemment sur la table, je lève les yeux malgré moi.

Il est impeccable. Sa chemise immaculée contraste avec le chaos ambiant. Son sweat accroché autour de ses épaules me confirme ma première impression : ce mec se la joue snob. Ses baskets blanches paraissent neuves, et ses cheveux, coiffés sans effort apparent, accentuent son look BCBG.

Je détourne immédiatement le regard, espérant qu’il ne m’ait pas vue.

La salle se remplit peu à peu, et les conversations s’estompent. Lorsque le professeur entre, la classe retrouve un semblant de calme. Il dépose un tas de livres sur le bureau et passe la main sur son crâne avant de reporter son attention sur nous.

Le monsieur est grand, sec, et son costume marron à rayures paraît avoir survécu à plusieurs décennies sans jamais quitter les cintres du grenier familial. La chemise qu’il porte est d’un beige douteux, à moitié cachée sous une cravate qui n’a rien à envier aux motifs des années quatre-vingt. Ses lunettes rondes, légèrement de travers, attrapent un reflet du soleil, donnant à ses yeux un air fatigué, mais acéré.

Ses cheveux grisonnants sont plaqués sur son crâne, révélant une calvitie naissante qu’il essaie maladroitement de dissimuler. Lorsqu’il ajuste ses lunettes, un tic nerveux agite sa bouche.

C’est clairement le genre de type capable de commander une classe d’un simple regard, mais son attitude n’a rien d’amusant ou de fun. Il ne tente pas de clins d’œil complices et ne fait pas d’efforts pour paraître « cool ». C’est un enseignant à l’ancienne, et il le revendique.

  • Bien, je vais faire l’appel. Merci de répondre par « présent ». Et histoire de vous tenir éveillés, je vais débuter par la fin de la liste.

Donc ce prof est vraiment très étrange. J’attrape mon cahier, espérant que tout se passe sans heurt. Les noms défilent et chaque élève balance le mot demandé comme une formule magique évitant les ennuis. Je ne suis pas étonnée d’entendre le mec installé devant moi lancer plus fortement que les autres son « présent » quand le professeur annonce « Gabriel Valmont ». Au-delà de l’aplomb avec lequel il répond, qui confirme que ce Gabriel se prend pour le roi du monde, je ne peux m’empêcher de sourire à l’énoncé de son nom de famille. « Valmont. » Le patronyme claque avec une assurance presque irritante, comme s’il avait été taillé sur mesure pour un type sûr de lui et prêt à tout. Si ce Gabriel a le moindre point commun avec le charmant vicomte[2], je veillerai à me tenir éloignée de lui le plus possible.

  • Lina Noël ?

Je sursaute. Merde ! Je lève timidement la main, mais déjà, je sens les regards se tourner vers moi. Une chaleur familière monte dans mon cou, et je fais tout pour éviter de croiser leurs yeux. Je sais que je dois réussir à prononcer la formule magique, mais aucun son ne veut sortir.

Le professeur répète mon nom, son ton légèrement impatient.

  • Lina Noël ?

Je déglutis difficilement. Pourquoi est-ce qu’un bidule s’est coincé dans ma gorge juste à ce moment-là ?

  • Présente, murmuré-je finalement, d’une voix à peine audible.

L’enseignant hoche la tête, mais le silence dans la classe est pesant. Les regards sont encore braqués sur moi, et je sens mes joues rosir à mesure que cet instant dure.

Quand il reprend son appel, je pense enfin être sortie d’affaire. Mais c’était compter sans le grand con devant moi.

Je le sens bouger, et même si je persiste à fixer ma table, je sais qu’il est en train de se tourner vers moi. D’un geste nonchalant, il appuie ses coudes sur le dossier de sa chaise. Le poids de son regard tombe sur moi avant que je le croise.

Je serre les dents, contemplant obstinément mon cahier. Peut-être qu’il se lassera, peut-être qu’il…

  • Alors, la mère Noël, c’est quoi ton excuse pour cette tenue ? La hotte était trop lourde, tu as dû tout vendre ?

Mes doigts se crispent autour de mon stylo. Lentement, je lève les yeux, prête à lui asséner une réponse bien sentie. Mais mes mots se coincent quelque part entre ma gorge et mon cerveau quand mes prunelles croisent les siennes.

Ses yeux gris profond me stoppent dans mon élan. Ils ne sont pas simplement gris terne. On dirait un mélange de tempête et d’acier. Son regard est brillant, perçant, et je ne peux que l’admettre même si cela m’emmerde : il est sublime.

Mon cœur rate un battement.

Non. Hors de question.

Je me ressaisis rapidement, me concentrant sur tout ce qui m’agace déjà chez lui : son rictus narquois, ses cheveux noirs impeccablement coiffés, son air sûr de lui qui crie : « Admirez-moi ».

  • Et toi, quelle est ton excuse pour le sweat sur les épaules ? Tu dois te rendre à une réunion incontournable au country club de papounet après les cours ?

Alors que son voisin pouffe de rire, je suis étonné de ne repérer aucune contrariété sur le visage de ce cher Gabriel. Au contraire, son sourire s’élargit. Il est visiblement ravi que je réponde.

  • Pas mal, pour une débutante. Mais tu peux mieux faire, mère Noël.
  • Et toi, tu as encore des progrès à faire pour prouver que tu es autre chose qu’un cliché sur pattes, répliqué-je.

Je plisse les yeux, laissant une expression glaciale se dessiner sur mes lèvres. Son regard glisse sur moi, analysant mes vêtements comme s’il venait de se transformer en grand couturier ajustant ses créations sur ses modèles.

  • Sérieusement, je ne comprends pas. Quel était l’objectif en débarquant ici, sapée de cette manière ? Tu as perdu un pari ?
  • Non, mais toi, tu as clairement misé sur l’idée qu’un sweat autour du cou pourrait te donner l’air intelligent. Mauvaise nouvelle : tu ressembles juste à un gosse de riche jouant à se déguiser avec les habits de papa.

Cette fois, son voisin de table éclate carrément de rire, mais Gabriel ne bronche pas. Au contraire, il semble presque amusé.

  • Touché, dit-il, le regard brillant de défi. Pour les prochains jours, je te conseille seulement d’éviter le vide-grenier pour te fringuer. C’est un lycée, ici, ma jolie, pas un meeting écolo.

Je me redresse légèrement, croisant les bras.

  • C’est noté. Je te remercie énormément pour ce précieux conseil. Et toi, n’oublie pas que tu ne dois pas te saper pour apparaître sur la brochure d’une école privée pour fils à papa. Sérieusement, tu t’entraînes à avoir l’air aussi insupportable ou c’est inné ?

Cette fois, son sourire s’efface à peine, mais je vois une lueur d’intérêt passer dans ses yeux.

  • Inné, mère Noël. Quelque chose me dit que tu vas m’amuser cette année. Merci beaucoup. J’aime bien les distractions.
  • Oublie-moi, Valmont. J’ai mieux à faire que de nourrir ton ego.

Absorbés par notre petite joute verbale, nous n’avons pas senti le professeur s’approcher, et nos regards se détachent enfin lorsqu’il tape sur le bureau de Gabriel.

  • Valmont, Noël, je vous dérange ou vous avez terminé ?

Gabriel se retourne avec une lenteur exaspérante, haussant les épaules comme si rien ne l’atteignait. Mais avant de se concentrer sur le cours, il murmure, juste assez fort pour que je l’entende :

  • T’inquiète, mère Noël. Le jeu ne fait que commencer.

Je serre les dents, m’efforçant de l’ignorer. Mon cœur bat trop vite, mais cette fois, ce n’est pas de timidité.

Respire, Lili. Une journée après l’autre.

[1] Bon… Je me dois d’éclairer les plus jeunes d’entre vous. Le bac L était la filière littéraire. Les élèves de cette série étudiaient les lettres, les langues vivantes et anciennes, ainsi que les sciences humaines comme la philosophie et l’histoire. En gros, ce bac formait des esprits sensibles et cultivés… ou, soyons honnêtes, c’était un repaire parfait pour les amateurs de poésie sombre, les fumeurs de joints discrets et les adeptes des festivals en tout genre. Je suis sûre que ceux qui n’ont pas connu cette filière magique sont très déçus !

[2] C’est parti pour la première minute culture ! Je tiens à signaler que je suis scandalisée que vous ayez besoin de cette note pour avoir la référence. Valmont est le nom d’un personnage emblématique du roman écrit par Pierre Choderlos de Laclos : Les Liaisons dangereuses. Le vicomte de Valmont est connu pour son charme, sa manipulation et son cynisme. Ce personnage charismatique, mais complexe avait une capacité de séduction non négligeable, mais était surtout connu pour sa morale quelque peu discutable. Enfin, tout dépend du point de vue… Est-ce mal de vouloir copuler avec la fille de sa belle-mère ? Je vous laisse juger.

 

Alors, est ce qu’il te plait ce petit lama ?

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