Si tu revenais (1er Chapitre)

Coucou,

Je te laisse découvrir le premier chapitre de mon premier bébé livresque. Si tu veux te jeter sur ce roman, n’oublies pas que tu peux le commander directement sur ma boutique par ici. 

« PROLOGUE

Janvier 1996 – (Trop) tôt au petit matin – Dans une bourgade perdue du fin fond de l’Auvergne.

Le moment du réveil semble malheureusement arrivé. Une douce odeur me taquine les narines. Je me félicite encore d’avoir utilisé mes derniers sous de côté pour effectuer l’investissement de ma vie.

Je pense que je dois trouver les coordonnées de celui qui a inventé la cafetière à programmation. En fait, non, je rechercherai le numéro de celle qui l’a inventée : seule une femme peut envisager la nécessité d’anticiper pour avoir une chance de boire son café chaud le matin quand on a des enfants.

Je m’étire et déprime directement quand le seul œil que j’arrive à ouvrir s’aperçoit qu’il n’est que 4 h 36. C’est impressionnant, la capacité que peut avoir la réalité à te revenir en pleine tête à une vitesse incroyable. Le bonheur de la perspective de ce café solo vient de s’estomper sérieusement.

Je sors de mon lit au plus vite tel le félin délicat auquel je ne ressemble absolument pas. Je ne veux surtout pas la réveiller. Je jette un dernier petit coup d’œil vers elle. Chaque fois que je la regarde, je l’aime un peu plus et, bien sûr, encore plus quand elle dort.

Le café tant attendu n’a finalement pas la saveur espérée. Comme d’habitude, mon ventre me rappelle rapidement le stress de ce samedi matin. Je vais devoir à nouveau renoncer à manger. Je file sous la douche pour pouvoir me consacrer à elle dès son réveil. Je ne veux pas lui enlever la moindre minute lui permettant de me parler.

Le ravalement de façade a nécessité finalement un peu plus de temps que prévu. J’ai dû vraiment prendre les choses en main pour me redonner figure humaine. Je crois que mes 35 ans commencent malheureusement à se voir. Et puis je garde dans un coin de ma tête qu’il m’attendra peut-être ce matin à l’aéroport. Ah ! Tiens, voilà madame Culpabilité qui revient :

— Quand même, Béa ! Tu ne peux pas penser à draguer à ce moment-là…

Si quelqu’un pouvait m’indiquer le bouton off pour la faire taire quelques minutes, celle-là ! Et puis accessoirement, je ne veux pas draguer, le maquillage est juste devenu indispensable. La sortie au naturel entraîne désormais systématiquement des questionnements tout à fait bienveillants et pas du tout déprimants du genre :

— Tu es fatiguée toi en ce moment, non ? Tu devrais te ménager, hein !

Cette gentille remarque émane toujours de cette nana qui parvient, par je ne sais quel miracle, à arriver à l’heure au travail en ressemblant parfaitement à la duchesse de Cambridge. À mon grand désarroi, même après une heure dans la salle de bains, mon visage se rapproche plus de celui de Gollum, le magnifique hobbit.

5 h 28. Bon, je suis prête, il est temps d’aller la sortir des bras de Morphée. Je me dirige vers ma chambre où, à 1 h du matin, elle a encore décidé de venir finir sa nuit. Je crois qu’elle pense toujours qu’elle peut passer incognito. Bien évidemment, quand je dors, je ne risque pas de me réveiller en sentant ses petits pieds gelés se coller à mes jambes. Il y a trois ans, mon psy, monsieur Baptiste, ne cessait de me rappeler que ce n’était pas judicieux de la laisser s’incruster dans le lit parental :

— Madame Perrot, vous devez enfin arriver à vous détacher de votre fille. Il est temps de couper le cordon. C’est essentiel pour son développement personnel et pour le vôtre. Vous le dites vous-même, que vous aspirez à plus de liberté.

C’était bien la première (et la dernière) fois que ce gentil monsieur me servait à quelque chose. Je n’ai retenu que son ultime remarque. Oui, j’avais besoin de liberté. J’avais même un besoin vital de respirer de nouveau. J’ai trouvé une solution bien plus efficace que de refuser le lit « parental » à ma fille. Je l’ai transformé en lit maternel. J’ai divorcé et donc, par magie, retrouvé ma liberté. Seul bémol, j’ai dû changer de praticien. Je ne suis pas persuadée que les manuels de parfait psychologue lui donnent un remède quand le monsieur ne fait plus partie du paysage.

Elle ne bouge pas du tout. J’ai l’impression d’être monstrueuse de la réveiller. C’est elle qui n’a pas souhaité partir hier soir. Mais quand même, devoir secouer si tôt ma petite bonne femme me fait pitié. Je tente la douceur :

— Tu dois te lever, mon cœur. Tu dois manger quelque chose avant de prendre la route.

Elle gigote et grogne :

— Non, je ne veux pas y aller.

Je craignais bien que repousser son départ au samedi matin au lieu du vendredi soir ne règle pas vraiment ce problème. Je suis bien la seule à avoir choisi de me séparer de mon mari. Je reste donc persuadée que je dois tout mettre en œuvre pour qu’elle garde des relations avec son père. J’aimerais bien savoir quelle solution me proposerait le charmant monsieur Baptiste !

— Allez ! Céline, on démarre ! Je te rappelle que c’est toi qui as insisté pour prendre précisément cet avion à cette heure-là.

Elle se lève d’un bond :

— Quelle heure est-il ? On n’est pas en retard, hein ?

— Mais non, respire ! Il n’est même pas 6 h, tu pourras te préparer tranquillement.

Sa réaction m’étonne. Cela faisait bien longtemps que je ne l’avais pas sentie aussi enthousiaste à l’idée de rendre visite à son père. Je l’interroge :

— Qu’est-ce qui me vaut autant de motivation ce matin, mademoiselle ? Ton père et ta chère belle-mère t’ont-ils prévu des activités de dingue ce week-end ?

— Mais non, pas du tout, je n’aime pas être en retard, tu sais bien, c’est tout…

Je reste perplexe, je vais devoir creuser un peu plus. Je vais pouvoir la cuisiner tranquille dans la voiture vers l’aéroport.

                                                                  ******

Janvier 1996 – Un peu moins tôt le matin (mais toujours bien trop tôt pour un samedi) – Parking de l’aéroport de Clermont-Ferrand à Aulnat.

Ma fille est une tête de mule. Je sens bien qu’elle me cache quelque chose. J’ai pourtant passé les trente minutes de route à tenter d’élucider d’où provenait cette allégresse soudaine. Je n’ai eu droit pour seule réponse qu’à :

— Maman, je suis grande maintenant, j’aurai 12 ans cette année quand même. Je peux me réveiller rapidement quand je sais que nous devons respecter un horaire. Tu craques complètement si tu crois que je suis motivée pour aller voir papa et sa grognasse.

Elle me prend pour une truffe. Je doute que la perspective de passer le week-end avec son père, et surtout avec sa femme, l’enchante. Elle ne m’enlèvera pas de l’esprit qu’elle me semble particulièrement guillerette.

Nous entrons dans le hall de l’aéroport. À cette heure-ci, un seul avion est annoncé et donc peu de monde se presse devant les guichets. Définitivement, je préfère l’ambiance de ce lieu le dimanche soir. Nous filons à l’enregistrement et je commence rapidement mes travaux d’écriture sur la petite fiche habituelle. Je sens que Céline rechignera encore à porter la pourtant splendide pochette UM. J’avoue que je la comprends. Depuis maintenant trois ans qu’elle prend l’avion seule pour rendre visite à son père tous les quinze jours, elle doit mieux connaître l’organisation du vol que le pilote lui-même. Mais ce document s’avère obligatoire jusqu’à 12 ans et je dois reconnaître que cela me rassure également qu’une hôtesse l’accompagne (qui d’ailleurs fait toujours partie elle aussi du club des duchesses !).

Depuis peu, Céline aborde cet âge compliqué où elle commence à ressembler à une mini-adulte, mais reste en même temps un bébé. Je sais pertinemment que dès que je tournerai le dos, elle retirera la pochette de son cou.

Au bout de cinq minutes, je relève la tête et je vois ma mini-moi le regard bloqué vers l’entrée de l’aéroport. Je cherche à repérer l’objet de son attention. Je n’aperçois que des familles se dirigeant vers la porte d’embarquement. Je l’interroge :

— Qu’est-ce qui te captive à ce point, ma fille ?

— …

— Eh oh ! Madame dans la lune, qu’observes-tu ?

— Quoi ? Rien du tout. Pourquoi ?

— D’un coup, tu m’as l’air subjuguée !

— Ah, non ! Pas du tout, je ne suis juste pas bien réveillée.

— Tu vois, j’avais raison, tu aurais dû partir hier soir, tu aurais pu dormir ce matin !

— Oui, maman, tu as toujours raison, tu es la plus perspicace du monde !

Voilà, le retour de madame la grande qui me prend pour une truffe. Actuellement, elle s’impose de plus en plus, celle-là ! Bref… Je ne cherche pas à polémiquer. Ce n’est pas le moment.

Les formalités effectuées, nous attendons tranquillement que Céline soit appelée pour l’embarquement. Comme à mon habitude, je scrute les personnes présentes pour repérer les enfants qui vont éventuellement voyager avec ma fille. J’observe d’abord un couple avec un très jeune bambin. Je dirais qu’il n’a pas plus de 5 ans. La nervosité des parents est palpable. Je me revois trois ans plus tôt quand j’ai dû laisser mon bébé partir dans un engin de plusieurs tonnes qui est censé voler par je ne sais quel miracle. Un peu plus loin, je repère une femme avec un adolescent qui doit avoir le même âge que Céline. Il me semble les avoir déjà aperçus à d’autres reprises. Je ne suis donc pas la seule à devoir jeter ma progéniture dans un avion un week-end sur deux. Le contraste entre le comportement des parents stressés et cette maman s’affiche flagrant. Elle est plongée dans un magazine de mode et ne paraît pas se soucier le moins du monde de son petit qui pourtant arbore une mine bien triste.

L’hôtesse (duchesse) s’empare de son micro et invite les enfants non accompagnés à la rejoindre. Nous nous rapprochons de la porte d’embarquement. Elle effectue l’appel telle une maîtresse d’école :

— Julien, Céline, Antoine, Jeremy et Lucie, vous allez monter en premier. Je vais m’occuper de vous installer à vos places.

Céline me gratifie d’un rapide câlin et se précipite vers Miss Monde pour entrer dans l’avion. Je trouve toujours cet empressement suspect. Le petit garçon s’approche à son tour, les yeux pleins de larmes. C’est au moment où le jeune ado se colle à ma fille que le mystère de son enthousiasme est enfin résolu. Je la vois rougir et l’entends dire tout bas :

— Salut, Antoine, ça va ? »….

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Bisous Poutous

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