Coucou,
Je te laisse découvrir le premier chapitre de mon dix-huitième bébé livresque. Si tu veux te jeter sur ce roman, n’oublies pas que tu peux le commander en broché ou relié (accompagné de plein de surprises) directement sur ma boutique par ici.
PROLOGUE
Maëva
Planquée derrière le rideau en velours qui doit peser au moins le poids d’un phoque obèse, je tente de retrouver un minimum de sérénité avant de me jeter dans l’arène. La patience n’a jamais fait partie de mes qualités premières. Voilà déjà dix bonnes minutes que je poireaute dans ce qu’on m’a vendu comme étant la « loge des artistes ». En réalité, c’est une remise froide où s’entassent un radiateur en panne, trois cartons éventrés de bonnets de père Noël made in China, une odeur persistante de chaussettes mouillées et un gobelet de café abandonné qui a clairement connu la dernière élection de Chirac[1].
Je grelotte, mes orteils sont sur le point de se détacher pour demander l’asile politique ailleurs, et je soupçonne mes cuisses de geler par couches successives, comme une bûche glacée Picard. Tout ce que j’ai pour me tenir compagnie, c’est le brouhaha de la place qui traverse le rideau comme un marteau-piqueur. Je passe la tête sur le côté pour observer les va-et-vient incessants composés quasi exclusivement de mômes excités comme des hamsters sous Red Bull et de parents au bord de la crise de nerfs.
L’air est saturé d’odeurs douteuses : un mélange de vin chaud trop sucré, de churros certainement cuits dans de l’huile de moteur, de crêpes brûlées et… Est-ce que c’est… du poisson grillé ? Sérieusement ? Qui vend du maquereau sur un marché de Noël, et surtout qui en achète ? « J’ai une superbe idée, chérie ! Et si on s’enfilait un peu de poiscaille pour accompagner notre chocolat chaud ? » Il n’y a vraiment que dans cette région que ce mélange ne choque personne.
Le spectacle est… Comment dire… À mi-chemin entre un remake à petit budget de Love Actually et une kermesse d’école primaire où même le directeur finit torché en fin de journée et propose aux parents d’élèves une charmante chenille torse nu (ou plutôt bedaine nue) parce que « c’est quand même festif cette petite danse ».
Au milieu de la place, un groupe de musiciens affublés de costumes bretons dégotés chez tata Gwenaëlle tente de chanter des classiques de Noël en anglais. Et quand je dis « tente », c’est par pure politesse. On est plus proche du massacre avec préméditation.
« Jingou Bel, Jingou Bel, Djingle dan ze neïte »[2] gueule un papy en bonnet rouge, la moustache frétillante, pendant que sa voisine, plus motivée que juste, lui emboîte le pas sur un « Ouï ouiche iou heu mèriou krissemousse »[3] qui ferait pleurer n’importe quel anglophone. Même les mouettes, perchées sur le clocher, ont l’air consternées.
Et parce que le destin est taquin, ou surtout que le Breton aime me contenter au plus haut point, il y a toujours un accordéon pour accompagner le tout. Rien de tel qu’un Silent Night[4] sur un air de musette pour te donner envie de te rouler en boule et de chouiner en t’enfilant des litres de vin chaud. Peu importe que le truc soit confectionné avec de la bonne vieille Villageoise[5] ! À ce stade, je suis prête à tout avaler du moment que mon cerveau est un minimum anesthésié.
Je les regarde avec cette fascination morbide qu’on a devant une vidéo d’un gamin tout mignon en pleine exploration de son univers debout sur un vélo.[6] Tu sais que tu devrais détourner les yeux, mais non, tu restes, juste pour voir jusqu’où ça peut aller. Oui, finalement tu as bien envie de voir le petit Dyclan, les dents en avant, se vautrer sur le gazon synthétique du voisin.
Mais au final, qui profite réellement des marchés de Noël ? Et surtout, pourquoi les familles s’infligent-elles un tel calvaire ? Je les regarde trottiner derrière leurs gamins, le sourire crispé, l’œil vitreux, et le pas qui dérape toutes les trois secondes sur le sol gelé. À chaque fois, j’attends presque le grand moment où un parent va s’étaler sur le sol, dans une position si compromettante qu’on pourrait direct l’envoyer sur YouPorn avec le titre Pour Noël, maman déballe tout.
Les mômes, eux, semblent avoir tous sniffé du sucre glace au petit déj’. Ils veulent tout toucher, tout renverser, tout fourrer dans leurs poches. Leurs doigts gras s’agrippent aux guirlandes, aux boules, aux santons, pendant que les géniteurs tentent de garder leur calme avec ce ton monocorde de l’éducation positive.
- Léo, mon chéri… Enfin, si tu me permets de te surnommer ainsi ? Crois-tu que c’est une bonne idée de mettre la main sur la bougie allumée ?
Résultat : Léo se crame la phalange, hurle à la mort, et sa mère, ravie, le félicite d’avoir « expérimenté par lui-même ». Bien sûr ! Prenons donc quelques minutes pour remercier chaleureusement Maria Montessori et sa pédagogie permettant à une génération entière d’apprendre à foutre le feu à une ville, mais dans le respect de ses émotions.
Un autre, à deux pas de là, essaie de chiper un bonhomme en pain d’épices sur un stand. Son père, au lieu de le réprimander, s’accroupit pour lui demander ce qu’il ressent « intérieurement » quand il vole. Réponse du gosse : « faim ». Voilà. Logique implacable. Tu n’as plus qu’à sortir ton porte-monnaie maintenant, Charlie !
La palme, quand même, revient à ce pauvre couple qui court derrière sa gamine échappée, laquelle zigzague entre les étals à la vitesse d’un sanglier en fuite. La mère la supplie de « revenir d’elle-même », le père brandit un cookie comme une carotte, et moi je retiens mon fou rire en me disant qu’on est officiellement passé du marché de Noël au zoo humain.
Je les observe, planquée derrière mon rideau, et je me dis que, franchement, si cela, c’est la magie de Noël, alors je signe direct pour m’exiler dans une grotte et devenir la nouvelle meilleure amie du Grinch.
- Maëva, c’est à toi de jouer ! m’interpelle une voix derrière moi.
Je sursaute comme si on venait de me surprendre en train de piquer dans le pot de Nutella, puis je me retourne pour croiser le regard d’une nana que je n’ai jamais croisée, mais dont le serre-tête lumineux clignotant me confirme qu’elle fait partie de la secte des adorateurs de Noël.
- Allez, en piste, le public n’attend plus que toi, insiste-t-elle avec un air aussi jovial qu’insupportable.
Voilà ! Plus moyen de reculer. J’expire bruyamment, attrape le ridicule bonnet vert que je suis censée me coller sur la tête, et franchis le rideau.
L’entrée en scène de… Maëva, le lutin du désespoir.
Je m’avance, mes clochettes tintent à chaque pas, et… rien. Pas un regard. Pas un applaudissement. Pas même un sourire poli. Le public s’en fout. Je pourrais être en string léopard, rien ne se passerait. Ils attendent leur star, le gros barbu en rouge. Moi ? Je suis juste l’échauffement, la bande-annonce qu’on zappe pour passer au film.
Mon costume est une insulte à toute dignité humaine : collants verts qui moulent chaque parcelle de ma fierté, tunique rouge à paillettes qui gratte comme si je m’étais roulée à poil dans des orties, et chaussures pointues immenses.
Il ne manque plus qu’un panneau lumineux au-dessus de ma tête avec écrit : « Célibataire, désabusée, et prête à ruiner vos rêves d’enfant ».
Je vais me poster à côté du trône du père Noël, ce siège pseudo-royal recouvert d’un simili velours rouge qui doit sentir la sueur rance des quinze pères Noël précédents. Et tout ce que je me demande, là, en fixant ce fauteuil poisseux de joie forcée, c’est : « Comment en suis-je arrivée là ? »
Et là, d’un coup, les hurlements hystériques s’élèvent. Ces cris feraient passer ceux d’une salle de concert de Metallica pour une berceuse. Les gamins se mettent à sauter sur place comme des puces sous acide, les parents battent des mains avec l’enthousiasme d’un public payé, et même la boulangère du coin brandit son portable pour filmer ce moment « historique ».
Le voilà.
Le clou du spectacle.
Le messie de Noël.
Un gros bonhomme en rouge, bedonnant à souhait, débarque sur ma gauche. Je tente de me concentrer pour assurer mon rôle et rester focus sur le public, mais j’avoue que la barbe blanche qui pendouille et la couleur criarde qui vient de se poser à côté de moi me perturbent quelque peu.
L’ambiance ? Plus hystérique que quand Madonna a roulé une pelle à Miley Cyrus en plein direct. Je jurerais avoir repéré Marie-Madeleine, la vieille bigote du village, se signer comme si le Pape venait de débarquer en traîneau.
Et moi, déguisée en lutin, je n’ai qu’une envie : mourir. Lentement, de préférence. Parce que là, c’est officiel : l’après-midi promet d’être trèèèès longue.
Le premier môme est déjà propulsé sur les genoux du père Noël par une mère surexcitée qui filme la scène comme si son rejeton venait de décrocher le prix Nobel. Le gamin, lui, se cale à moitié de travers sur les cuisses du gros barbu et se lance dans un monologue digne d’un complotiste sur BFM.
- Je veux un vrai dauphin pour mettre dans ma baignoire. Et aussi un fusil à fléchettes comme dans Fortnite. Et puis… un petit frère. Mais un gentil, pas comme Mathis.
Le père Noël hoche la tête avec la concentration d’un type qui tente de résoudre un Rubik’s Cube après trois verres de vin chaud, et moi j’ai envie de lui hurler : « Sérieusement ? Tu valides ça ?! »
La mère applaudit, les gens autour gloussent, et moi, je m’étrangle intérieurement. On prend la photo souvenir, flash aveuglant, et je tends machinalement une sucette au mioche.
C’est à ce moment-là que mon cœur s’arrête net.
Je relève la tête, et mes yeux croisent ceux du père Noël.
Et merde.
Je reconnaîtrais ce regard bleu clair entre mille.
C’est facile, c’est celui qui fout ma poitrine en vrac et me donne envie de m’éventer comme une quadra coincée dans une salle de sport sans clim.
Celui que je voulais absolument éviter.
Kéran.
Encore lui.
Partout. Tout le temps. Ce mec est comme une mauvaise MST dont tu n’arrives pas à te débarrasser.
Je reste plantée, la sucette à la main, paralysée. À l’extérieur, je souris comme une idiote en plastique. Mais à l’intérieur, mon corps se met à chauffer, mes paumes deviennent moites, et je maudis chaque foutue guirlande lumineuse de ce marché.
Et là, j’ai une révélation : je déteste les gosses, je déteste Noël… mais je déteste encore plus le fait que ce mec me fasse fondre comme un glaçon dans un chocolat chaud alors que je devrais seulement le haïr !
[1] Si tu n’as pas la référence, jeune padawan, d’une part cesse de te la raconter avec ta peau parfaite, et d’autre part, tu es bien trop jeune pour lire ce roman. Oust !
[2] Pour ceux qui n’auraient pas reconnu cet air admirable pourtant évident, il s’agit de la sublime et fort peu connue mélopée Jingle Bells. Et avant que vous posiez la question : oui, le Breton met des dan et ze partout. Et pour votre deuxième question : oui, je compte me moquer avec zèle de cette population. Mais attention, moi je peux me le permettre parce que j’appartiens à cette espèce à part. Tout individu résidant au-delà de Rennes, donc vers l’étranger, ne peut se le permettre. Attention à vous !
[3] Un effort, mesdames et messieurs ! Il va falloir apprendre à lire en phonétique ! Allez, je vous aide, mais c’est la dernière fois : We Wish You a Merry Christmas.
[4] La version de Mariah Carey évidemment. La dame est décongelée chaque année à partir de début novembre, il est donc essentiel de rentabiliser la manœuvre en appréciant tous les titres de qualité !
[5] Mais si, tu connais ! C’est le vin que l’on achète dans deux cas de figure : si tu veux déboucher des canalisations ou si tu es encore plus alcoolique que n’importe quel Breton et que peu importe que ta trachée décède au passage du moment que tu finis torchon, chiffon, carpette !
[6] Si ! Si ! Assumez. C’est mal, mais vous regardez !
Alors, est ce qu’il te plait ce nouveau roman ?
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Bisous Poutous


J’adore 🤩 ma précommande est passée, j’ai hâte de le recevoir et comme a chaque fois je vais être ravie.
Merci pour tes adorables lectures 💖
Oh merci tout plein. J’ai hâte de vous le confier aussi!!